Wednesday, February 20, 2008

TROIS POEMES DE JOANNE MORENCY


J’ai connu Joanne Morency à Trois-Rivières l’année dernière pendant le festival international de poésie qui est célébré dans cette ville chaque septembre. Nous nous sommes rencontrés dans un parc où quelques jeunes étaient en train de présenter des poèmes « hip-hop ». Les poètes se reconnaissent dans les parcs publics. Il y a des signes formels : les cahiers, les lunettes, le visage béni par la lumière intérieure. Et l’on trouve aussi ce désir d’apprendre les secrets du langage, de saisir l’esprit dans les mots qui prennent leur vol comme le petit oiseau que j’ai vu ce jour-là, assis sur le trottoir, objet de la sympathie humaine jusqu'au geste de lui donner une petite tasse d’eau. À ce moment-là de rapprochement humain, l’oiseau s’enfuit, bondit vite comme une illumination d’idée, une épiphanie.

Dans les poèmes de Joanne Morency, je trouve un lien très beau entre le langage et les inquiétudes de l’humanité, entre les mystères des mots et les charpentiers, les poètes qui doivent saisir l’esprit du bois, pour faire des oiseaux, petits ou pas, afin que nos enfants puissent jouer, pour toujours, dans un écosystème balancé.



Extraits de : Qui donc est capable de tant de clarté ? de Joanne Morency, Prix Piché de Poésie 2007, dans « Poèmes du lendemain 16 », Écrits des Forges, 2007
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j’ai vidé mes boîtes
une à une
de chaque petit morceau d’autrui


il n’y a pas de porte entre les idées d’en arrière
et celles d’en avant

la nuit
les gens se déplacent à leur insu


j’envoie les changements d’adresse


* * *

la seule idée d’un mouvement
façonne l’espace autour de soi

le vent
même s’il l’ignore
obéit aux branches


dans une maison
sans murs ni plafond
des mains se sculptent un homme

j’assiste à la multiplication


* * *

quand la noirceur tourne sur elle-même
il n’y a qu’à sauter de montagne en montagne

mais comment distinguer
le haut
du bas
dans le ciel ?

il arrive que l’on tombe en haut

* * *